En attendant Bojangles _ Olivier Bourdeaut

Résumé :

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Mon avis :

Je ne trouve même pas les mots pour décrire les incroyables sensations que m’a procuré ce bijou. Lire « En attendant Bojangles » c’était comme prendre un bain moussant sur un radeau en pleine mer, rêvasser dans un hamac au-dessus d’un cratère en fusion, se remémorer l’été de ses 10 ans avec de vieux amis à un enterrement. C’était comme vivre un moment de bonheur infini suspendu entre deux catastrophes, c’était incroyablement doux, poétique et terrible à la fois. C’était une expérience littéraire merveilleuse.


C’est l’histoire d’une famille en marge, une famille extraordinaire, une famille gangrénée par la folie d’une mère très malade, qui n’a pas de prénom fixe. C’est l’histoire d’un homme banal, un brin fantaisiste, qui tombe amoureux d’une muse extraordinaire, devenant ainsi lui aussi un être hors du commun, un cueilleur d’instant, un protecteur de rêves. De leur amour fou, passionné et fusionnel, naîtra un petit garçon qui devra se construire une vie, tricotée de mensonges (à l’endroit, à l’envers), un doux bordel d’histoires sans queues ni têtes, de fêtes infinies, de dîners au beau milieu de la nuit, de boîte de sardines partagées les pieds dans l’huile avec une grue domestiquée. Une vie faite d’amour pur, mais aussi de maltraitances avérées qui ressemblent pourtant toutes à un conte de fée.
 

Je ne voudrais pas trop en dire pour ne pas vous gâcher ce pur moment de littérature, mais si ce livre avait été dans mon programme d’éducation scolaire, j’en aurais fait un exposé, un commentaire de texte, une dissertation.
J’ai ri avec bonheur, rêver avec passion, pleurer avec une tristesse immense. C’est un poème, un carnet de voyage, une ode à la vie, c’est un roman qu’il vous faut lire à tout prix.
La plume d’Olivier Bourdeaut est une brise d’été qui vous enveloppe et vous caresse en pleine canicule. Il a des mots magiques : j’avais envie de les capturer tous dans mon carnet de citations tant ils étaient justes, beaux, débordant d’amour et de fantaisie.
Pour son premier roman, il réussit le tour de force de vous faire contempler le soleil sans lunettes, sur son passage il raflera tout un tas de prix, on peut dire que c’était du génie. Depuis il a écrit qatre autres livres, que je vais m’empresser de dévorer.

Elle ne me traitait ni en adulte, ni en enfant mais plutôt comme un personnage de roman. Un roman qu’elle aimait beaucoup et tendrement et dans lequel elle se plongeait à tout instant. Elle ne voulait entendre parler ni de tracas, ni de tristesse.

-Quand la réalité est banale et triste, inventez-moi une belle histoire, vous mentez si bien, ce serait dommage de nous en priver.

P.14

J’étais donc arrivé à ce moment si particulier où l’on peut encore choisir, ce moment où l’on peut choisir l’avenir de ses sentiments. Je me trouvais désormais au sommet du toboggan, je pouvais toujours décider de redescendre l’échelle, de m’en aller, fuir loin d’elle, prétextant un impératif aussi fallacieux qu’important. Ou bien je pouvais me laisser porter, enjamber la rampe et me laisser glisser avec cette douce impression de ne plus pouvoir rien décider, de ne plus pouvoir rien arrêter, confier son destin à un chemin que vous n’avez pas dessiné, et pour finir, m’engloutir dans un bac aux sables mouvants, dorés et ouatés.

Georges. P.34

Mon petit, dans la vie, il y’a deux catégories de personnes qu’il faut éviter à tout prix. Les végétariens et les cyclistes professionnels. Les premiers, parce qu’un homme qui refuse de manger une entrecôte a certainement dû être cannibale dans une autre vie. Et les seconds, parce qu’un homme chapeauté d’un suppositoire qui moule grossièrement ses bourses dans un collant fluorescent pour gravir une côte à bicyclette n’a certainement plus toute sa tête. Alors, si un jour tu croises un cycliste végétarien, un conseil mon bonhomme, pousse-le très fort pour gagner du temps et cours très vite et très longtemps!

L’ordure. P.47

Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l’horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l’avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m’en imprégner, mais je craignais qu’une telle folie douce ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n’existait pas. J’avais rencontré une Don Quichotte en jupe et en bottes, qui, chaque matin, les yeux à peine ouverts et encore gonflés, sautait sur son canasson, frénétiquement lui tapait les flans, pour partir au galop à l’assaut de ses lointains moulins quotidiens. Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétue

Georges. P.55

Il pouvait essayer de la consoler en lui parlant doucement pour la rassurer, et j’avais beau lui faire des câlins, ça ne servait à rien, dans ces moments-là, elle était inconsolable, il n’y avait pas d’espace pour nous entre ses problèmes et elle, la place était imprenable.

P.132

– Je jure devant Dieu tout-puissant que toutes les personnes que je suis vous aimeront éternellement! avait-elle psalmodié, mon menton entre ses mains, pour mieux hypnotiser, de son regard céladon, mes yeux ensorcelés.

– Je promets devant le Saint-Esprit d’aimer et de chérir toutes celles que vous serez, jour et nuit, de vous accompagner toute votre vie et de vous accompagner partout où vous irez, avais-je répondu en appliquant mes mains sur ses joues rebondies, gonflées par un sourire débordant d’abandon.

P.159

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