Itinéraire bis _ Freddy Dzokanga

Résumé :

Bonneuil-sur-Marne, années 1980. Le fléau de l’héroïne bat son plein dans les quartiers de la ville. Il était une fois Issa, David et Mohamed, trois jeunes de la cité Fleming, liés depuis leur tendre enfance par un pacte d’éternelle amitié.

Le premier était arrivé en France par accident. Le deuxième était passionné de film de gangster. Le troisième avait de la violence à revendre. Grandissant au cœur d’une génération sacrifiée, ce trio, que rien ne prédestinait à devenir des délinquants chevronnés, a pourtant fini par voir le jour.

Il vous est sans doute arrivé de croiser leur chemin, ou peut-être de lire leurs méfaits dans la rubrique « faits divers » de votre quotidien favori, ou pire encore, être l’une de leurs victimes…

Ce roman tente de reconstituer le puzzle du cheminement de jeunes désœuvrés depuis ces quarante dernières années, en France. Il devrait vous aider à saisir l’une des facettes les plus sombres de notre jeunesse déterminée à poursuivre ses rêves au mépris des lois.

La situation sociale actuelle des jeunes de cité n’est en fait qu’un perpétuel recommencement : il était une fois… il est toujours.

Né en 1975, Freddy Dzokanga est natif de la ville de Bonneuil-sur-Marne. Manager de formation et éditeur spécialisé d’ouvrages en langue lingala, il s’exerce à l’écriture d’oeuvres littéraires depuis plus d’une vingtaine d’années. Itinéraire bis est son premier roman.

Mon avis :

Attention « Coup de cœur ». Vous n’êtes pas prêts pour la suite.

Je rembobine la cassette jusqu’à Mercredi dernier (bah oui, que voulez-vous, je reviens tout juste des années 90).
Mercredi dernier donc, je flâne sur Facebook, quand je tombe sur une publication d’un groupe que je suis « J’ai lu un livre..et je vous le recommande ». Le genre de groupe où tous les auteurs auto-édités font leur auto-promotion, où les pub sont légion et où l’on passe à côté de la moitié des publications. C’est donc complètement par hasard que je vois la publication de Freddy Dzokanga : une vidéo promotionnelle où des lecteurs parlent de son livre en suivant une ligne de question. L’outil est intelligent, bien monté, ça donne envie hyper de le lire.
Mais voilà, j’ai de gros a priori (débiles) sur l’autoédition. Pour moi c’est rarement gage de bonne qualité, même si j’ai conscience que l’industrie littéraire rémunère très mal ses auteurs, ce qui explique qu’ils aient de plus en plus envie de faire le job eux-mêmes. Alors j’hésite. Je fouine un peu, je trouve un résumé par-ci, je regarde deux ou trois avis de lecteurs par-là (sur la chaine You Tube dédiée au livre) et je me rends compte que les gens qui en parlent sont des personnes qui croient en ce livre, et quoi de mieux pour vous convaincre que des gens ultra convaincus?
J’hésite un peu sur le prix (23€ avec frais de port), j’ai plutôt l’habitude d’acheter des bouquins chez Emmaüs ou en poche. Mais je craque en me disant qu’au moins sur ce coup, je suis sûre que l’auteur touchera son dû.
Deux jours plus tard (envoi ultra rapide), Itinéraire bis m’attendait dans ma boîte à lettres.
Et voilà, j’étais ferrée. Ferrée? Non pardon, harponnée!

C’est une histoire de bandits, une histoire d’amitié indéfectible, une histoire d’amour, de rue, d’espoir, de rêves avortés, de familles brisées, de tragédies. C’est une histoire incroyable, touchante, puissante, stressante, haletante.
J’ai adoré suivre Issa, David et Mohamed, à travers les années 80-90-2000, empruntant leur itinéraire bis comme raccourci vers des rêves de grandeur. Opposés par leurs origines et leur cadre familial, il seront réunis dans la misère, sur les bancs d’une école de la rue. De petits vols à la tire pour se procurer des fringues correctes, aux vols de voiture, jusqu’au braquages à mains armées et trafic de stupéfiants, on suit ces trois personnages sur la route du crime et du grand banditisme de banlieue parisienne.
J’ai aimé leurs valeurs, leur force, leur fidélité. J’ai retenu mon souffle à chaque page en espérant qu’ils feraient enfin les bons choix, en espérant que « le jour du commerçant » n’était pas encore arrivé.
C’était une vie incroyable que celle d’Issa, le narrateur. Une série de montagnes russes, où les pics d’adrénaline sont des montées de violences et où les creux sont tantôt tapissés de tendresse, tantôt quadrillés de barreaux.

C’est un livre extrêmement bien écrit. La plume est fluide, précise, efficace. Les dialogues reflètent bien leur époque. C’était juste parfait. Avec ce petit effet madeleine de Proust en prime, avec le retour des francs, des barres, des plaques (dont parlait toujours mon père), des cassettes vidéos, et de tous les repères que l’on retrouve dans ce livre, si comme moi on a grandi dans le Val de Marne.
Ce n’est pourtant pas ma génération, ni mon milieu, moi qui suis née en 87 dans un quartier pavillonnaire de Champigny-sur-Marne. Je l’ai pourtant lu comme on regarde un reportage tourné dans notre quartier d’enfance, quelque chose de familier et lointain à la fois.

Je voudrais pouvoir tout vous dire sur ce livre, mais je suis déjà en train de me noyer dans mon flot d’éloges, alors je vais conclure en vous disant ceci : achetez-le, lisez-le, aimez-le.
Ce livre mérite qu’on parle de lui, qu’on le partage, qu’on le chérisse.
Je l’ai lu en une semaine quand une journée m’aurait suffi, mais la peur de quitter ces trois lascars trop tôt ne me lâchait pas et m’encourageait à le savourer doucement.
Si vous aimez les films de gangsters, les parcours de vie chaotiques, les histoires de famille, foncez.
C’est le genre de livre que l’on pose, et auquel on continue de penser toute la journée.

PS : Suivez le lien ci-dessous, et sortez votre porte-monnaie, vous ne le regretterez pas.

Madame Mangin avait une façon bien particulière de nous transmettre le savoir. En l’espace de quelques mois d’un enseignement dispensé avec rigueur, Mohamed et moi étions devenus ses souffre-douleur, et elle n’hésitait pas à nous couvrir de ridicule devant nos camarades lorsqu’elle nous remettait les copies.

– Ah je crois rêver! s’emportait-elle. En quelle langue faut-il que je vous parle pour que cela entre dans vos têtes sans cervelle? Vous allez me recopier dix fois la dictée et sans-faute sinon gare à vous!

Parfois ça devenait :

– C’est encore du petit nègre que vous m’avez écrit! Ça en devient désobligeant.

P.32

Il y’a neuf jours pour le voleur, mais le dixième appartient toujours au commerçant

Mère d’Issa. P.46

Si tu ne sais pas où tu vas mon fils, alors regarde d’où tu viens, car tôt ou tard tu finiras par retourner vers les tiens.

Grand-père d’Issa. P.106

Nous voulions vivre comme Les affranchis de Martin Scorsese. Rien n’était plus explicite que ce titre. Nous étions en effet convaincus que le système nous conditionnait à nous satisfaire en cité, entassés les uns sur les autres comme des souris de laboratoire, avec au menu du matin, la misère, et pour celui du soir, l’espoir.

Notre aventure était encore bien loin du parcours des affranchis. Cependant, nous avions déjà certaines cartes en main non négligeables : Une amitié solide, le goût pour l’argent, et la ferme envie de sortir de la rengaine du citadin.

P.140

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