Ensemble, c’est tout _ Anna Gavalda

Quatrième de couverture :

« Et puis, qu’est-ce que ça veut dire, différents? C’est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes… Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences… »

Camille dessine. Dessinait plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l’existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l’idée de mourir loin de son jardin.
Ces quatre-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés… Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l’amour – appelez-ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu.

Leur histoire, c’est la théorie des dominos, mais à l’envers. Au lieu de se faire tomber, ils s’aident à se relever.

Mon avis :

Il est grand temps que je vous parle d’un roman qui m’a accompagné la moitié de ma vie. Un classique des années 2000, que vous aurez sûrement déjà lu. Mais il faut que je vous en parle, parce que c’est mon roman préféré, celui qui me parle, me ressemble, ressemble à la vie que j’aurais aimé avoir, aux amitiés que j’aurais voulu créer, aux liens familiaux que j’aurais voulu garder.
C’est mon roman d’amour, mon roman d’amitié, ma quête d’idéal imparfait.
C’est l’histoire de 4 personnes cabossées par la vie, une vieille dame pleine de bleus, une artiste déchue anorexique, un cuisinier grossier qui fait du bruit pour exister, et un jeune aristocrate bègue, féru d’histoire et handicapé social. Au cœur de Paris, sur une année, nous suivons donc Paulette, Camille, Franck et Philibert. Ces quatre-là n’ont pas grand chose en commun, et pourtant le destin va les réunir et leur offrir tous les fruits de la vie : l’amour, la tendresse, l’amitié, la sincérité, le rire, le besoin des autres.

C’est un roman incroyable, écrit par une artiste de la littérature, l’une de ces maîtresses de l’écriture qui donnent vie à un dialogue en quelques mots, l’une de ces portraitistes du quotidien qui donnent corps à ses personnages, insuffle la vie aux petits rien qui font tout. Anna Gavalda restera à tout jamais mon auteure préférée, parce qu’elle sait tout transposer dans la réalité, qui d’autre peut retranscrire à la perfection un dialogue avec deux protagonistes brosses à dent en bouche?
Avec ses doigts délicats, dans la plupart de ses romans mais surtout dans celui-ci, elle trace les lignes de ce que serait ce monde si on laissait tomber les masques, dépassait les barrières mentales et les convenances sociales.
C’est de ce courage-là dont va faire preuve Philibert, ce grand dadais d’un autre siècle, soudé à son carcan de bonnes manières. Un soir d’hiver, il cesse de réfléchir et fonce sous les toits chercher Camille, gravement malade dans sa chambre de bonne insalubre. Il la ramène dans son immense appartement où rien n’a changé depuis un siècle, dont il est le gardien (le temps d’une guerre de succession) et qu’il partage avec Franck, son colocataire intermittent. À des centaines de kilomètres de là, en Touraine, La Paulette doit quitter sa maison et se résoudre à finir sa vie en maison de retraite. Et voilà comment, en ramenant un petit corps malade et mourant chez lui, Philibert va tout changer. Les couleurs étaient là, « crevant de solitude » au fond de leur tube, Camille, avec ses crayons, ses pinceaux et ses carnets va les mélanger, créer des nuances, une harmonie, et peindre la plus solide famille jamais créée. La famille du cœur, celle que l’on choisit quand la première donne était mauvaise.
C’est léger comme l’espoir, doux comme une brise d’été en pleine canicule et en même temps, lourd comme le chagrin de ces quatre-là.


Elle en avait marre de tous ces débats sur son poids, elle en avait sa claque. Bientôt vingt-sept ans qu’on lui prenait la tête avec ça. Est-ce qu’on ne pouvait pas parler d’autre chose? Elle était là, merde! Elle était vivante. Bien vivante. Aussi active que les autres. Aussi gaie, aussi triste, aussi courageuse, aussi sensible et aussi décourageante que n’importe quelle fille. Il y avait quelqu’un là-dedans! Il y’avait quelqu’un…

P. 18

C’est juste que j’ai un problème de voltage… Je ne sais pas comment dire… J’ai souvent l’impression qu’il me manque un bouton… Tu sais, un truc pour régler le volume… Je vais toujours trop loin dans un sens ou dans un autre… J’arrive jamais à trouver la bonne balance et ça finit toujours mal, mes penchants…
[…] Quand je bois, je bois trop, quand je fume, je me bousille, quand j’aime, je perds la raison, et quand je travaille, je me tue… Je ne sais rien faire normalement, sereinement…

Camille. P.208

nos certitudes ne tiennent jamais debout. Un jour on voudrait mourir et le lendemain on réalise qu’il suffisait de descendre quelques marches pour trouver le commutateur et y voir un peu plus clair…

P. 381

Ce que j’ai lu, c’est que si t’es pas dans le rang, si t’arrives pas à être ce qu’on attend de toi, tu souffres. Tu souffres comme une bête et à la fin, tu crèves. Et ben non. Moi je vais pas crever. Par amitié pour lui, par fraternité, je vais pas crever… Je veux pas.

Vincent qui parle de Van Gogh. P.419

– Tu crois que c’est comme tes mines de crayon? Tu crois que ça s’use quand on s’en sert?
– De quoi?
– Les sentiments.

Philibert à Camille. P.540

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