Dysfonctionnelle _ Axl Cendres

Quatrième de couverture :

Fidèle, alias Fifi, alias Bouboule, grandit dans une famille dysfonctionnelle.
Papa enchaîne les allers-retours en prison, Maman à l’asile.
Mais malgré le quotidien difficile, Fidèle vit des moments de joie, entourée de ses six frères et sœurs aux prénoms panachés : Alyson, JR, Dalida, Jésus…
Cette tribu un peu foldingue demeure « Au bout du monde », le bar à tocards que tient le père dans Belleville.
À l’adolescence, la découverte de son intelligence précoce mène Fidèle à « l’autre » bout du monde : un lycée des beaux quartiers où les élèves regardent de haut son perfecto, ses manières de chat de gouttière.
Mais c’est aussi là que l’attend l’amour, le vrai, celui qui transforme… CELUI QUI SAUVE.


Mon avis :

Il y’a des livres qui vous parlent. Ils sont là, sagement coincés au milieu de leurs congénères, sur les rayonnages un peu poussiéreux d’une médiathèque. Vous passez à côté et ils vous appellent. Vu que je suis plutôt sociable, je me suis retournée et hop, je l’ai mis dans mon sac, et on a fait connaissance. Et -Doux Jésus!- que j’ai bien fait. Ce livre est une merveille d’émotions. Je l’ai commencé en riant et refermé en pleurant.

J’ai tout aimé dans ce roman ado. Son personnage principal d’abord, cette Fifi, cette Bouboule, à la tête dure comme un comptoir de bar et au cœur mou comme une guimauve. Elle a beau faire la fière dans son blouson en cuir, elle aime, la Fifi, et quand elle aime, c’est inconditionnellement.
Dans cette famille dysfonctionnelle et surpeuplée on trouve :
– La mère polonaise : traumatisée par la folie d’Hitler lorsqu’elle était enfant, elle souffre de ce que l’on appelle Le syndrome des Enfants cachés juifs, lancée à fond dans la religion, elle enchaîne les séjours en asile dès qu’une nouvelle guerre éclate quelque part dans le monde.
– Le père kabyle : en quittant son Algérie natale, il s’était juré d’épouser une belle blonde et de l’aimer comme un fou. Un matin, son destin s’est accoudé au comptoir du « Bout du Monde » et lui a demandé un verre de blanc, il lui a donné 6 enfants. Pour faire vivre tout ce petit monde, et parce qu’il a « le démon » en lui, il est régulièrement domicilié au pénitencier.
– Les trois grandes sœurs : Dalida la princesse pimbêche (probablement échangée à la naissance), Alyson la midinette (toujours pendue au bras d’un badboy) et Maryline la féministe activiste.
– Les trois petits frères : Jésus (le chelou qui pardonne tout), JR le play-boy (beau comme un Dieu, con comme un transat), et Grégorio le bagarreur.
– La grand-mère kabyle, Zaza, fervente opposante à Victor Newman des Feux de l’Amour, et conceptrice de coucous fameux. Elle a vu ce de ses yeux ce qu’était la folie des hommes depuis, elle aussi, aime sans condition.
– Et le dernier, mais non des moindres : l’oncle débrouillard, l’homme de toutes les situations. Celui qui vous trouvera toujours une solution « approximative » quelque soit votre souci. Besoin d’un prof d’allemand? Pas de problème. il vous ramène un maçon portugais qui a passé quelque temps sur des chantiers allemands.
Et toute cette famille extraordinaire cohabite avec les piliers de bar du « Bout du monde », ensemble ils font grandir Fidèle, et ensemble, ils la préparent au Grand Amour : Sarah.

Je suis tombée d’amour pour la plume franche et pure d’Axl Cendres. Les mots de cette auteure sont à la fois chantants, vivants, mordants, rageants et parfois très déprimants, mais c’est sans tricheries sur les sentiments. Toutes ces rimes en « ant » sont la preuve de mon trop plein d’émotions.
Comme je vous l’expliquais, j’ai commencé ce livre en riant parce que les dialogues sont tordants, et que la vision extrêmement lucide qu’à Fifi de sa famille l’est également. Mais là où ce roman est des plus intelligents, c’est qu’insidieusement on bascule peu à peu dans le côté obscur des familles dysfonctionnelles (celui qui fait moins rire), et dans les bas-fonds des cœurs ravagés par les amours déçus.

C’est une lecture brillante et pure que je vous conseille donc vivement. Un énorme coup de cœur!


« Papa? »
« Oui, ma fille? »
« Hier soir, Mélanie et moi, on a fait un smack… « 
« C’est quoi, un smack? »
« Un bisou sur la bouche. »
Silence. Il a arrêté son rangement.
« Ma fille, il a dit. Chez nous, on aime le saucisson, le Sauvignon, et les nichons! »

Fidèle et Sid Ahmed. P.81.

« Je ne vais pas te donner de leçon, souviens-toi simplement d’une chose que j’ai entendue un jour : Il ne faut pas essayer de noyer ses problèmes dans l’alcool, car ils savent nager.« 

« Merci mon oncle, mais de toute façon, je ne boirai plus jamais d’alcool… »

« Ça, c’est ce qu’on dit quand on a la gueule de bois. »

Fidèle et son oncle. P.169.

« Bouboule, m’a dit mon oncle dans les yeux, ton père, il t’aime, sauf que chez nous on sait pas dire ces choses-là, on les montre. »

Fidèle et son oncle. P.295.

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