Celle qui sentait venir l’orage _ Yves Grevet

Résumé :

1897, au nord-est de l’Italie. Frida, une adolescente de seize ans, fuit sa région natale en diligence. Ses parents, qu’on accuse de crime odieux, ont été pendus deux jours plus tôt. La foule réclame à présent la tête de celle qu’on surnomme la « fille des démons ». Frida espère pouvoir trouver refuge dans la demeure du Docteur Grüber, à Bologne, un médecin réputé qui semble fasciné par son cas.


Mon avis :

Voici un roman Jeunesse à l’histoire passionnante et à la morale très intéressante.
Le roman débute par un voyage en diligence. À bord, une jeune adolescente tétanisée, grimée en bourgeoise grassouillette, essaie de disparaître dans le fond de la banquette, tandis qu’un jeune homme tient fermement sur ses genoux un étrange colis (que le lecteur sait être une tête). À leurs côtés, un paysan ventru ronfle bruyamment, une fillette touche à tout agace profondément tout l’habitacle, tandis que sa mère évoque avec une joie mal contenue la pendaison des « démons du marais ». AMBIANCE.
Sauf que voilà, les démons du marais étaient les parents de Frida, la jeune fille terrorisée. Et si elle a si peur, c’est que la plupart des habitants de son village, veulent la voir morte par excès de haine et de sottise. Elle fuit donc, avec l’aide d’une jeune amie et de ses parents qui connaissent un médecin à Bologne qui pourra lui venir en aide.
Frida est un personnage poli, d’une nature plutôt calme, brillant et très observateur. Maltraitée toute son adolescence par les religieuses et les élèves du pensionnat dans lequel elle recevait l’éducation d’une jeune fille convenable (brûlures, coups, insultes, humiliations, tout ça tout ça…), elle a appris très tôt à se taire et à guetter les dangers. À peine s’est-elle installée chez le Docteur Grüber, qu’elle sent les ennuis arriver.
Commence alors pour Frida, une course effrénée vers la fuite, la liberté et surtout la vérité. Aidée par d’anciens amis de son père, dont elle ignorait l’existence, elle va chercher des réponses à ses questions, et tant pis si celles-ci la mènent sur des chemins dangereux.
Pourquoi ses parents ont-ils été jugés coupables de meurtre avec si peu de preuves? Pourquoi le Dr Grüber s’intéresse-t-il tant à elle, médicalement parlant? Qui étaient vraiment ses parents? Et elle, que va-t-elle devenir?

À travers l’Emilie Romagne de la fin du 18ème siècle, Yves Grevet nous entraîne dans une enquête pleine de suspense, et aborde avec beaucoup de tact et de finesse des thèmes chers à l’adolescence, telle que la différence, l’exclusion, les préjugés, les médisances, et le combo haine/bêtise/ignorance qui transforme parfois des braves gens en foule vindicative et assoiffée de sang. On y découvre aussi, les progrès scientifiques de cette époque, avec notamment l’émergence d’une nouvelle science « la criminologie ».
Si j’ai eu quelques difficultés à rentrer dans l’histoire, une fois ferrée, je ne pouvais plus m’arrêter. La plume d’enseignant d’Yves Grevet parvient sans mal à dresser le décor historique et à vous y plonger.
Les personnages sont tout en nuances, apportant à l’intrigue des revirements de situation surprenants et du grain à moudre à la morale de cette histoire qui dit (grosso modo) que le jugement est une belle preuve d’ignorance et de stupidité. Ce qui fait merveilleusement écho à cette citation d’André Malraux : « Si on comprenait, on ne pourrait plus juger ».
C’est un peu simpliste de dire ça comme ça, parce que la vraie morale de cette histoire parle avant tout de différence et d’acceptation. Vous avez beau être différent, en marge, rejeté, si vous savez qui vous êtes et si vous vous acceptez tel que vous êtes, alors vous ferez de votre différence une chance et un atout.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :