On ne naît pas grosse _ Gabrielle Deydier

Photo d’illustration tirée du compte Instagram @gabrielle_deydier

Résumé :

« Ce qui gêne tant les gens, c’est mon poids : 150 kg pour 1,53m. Après avoir été méprisée pendant des années, j’ai décidé d’écrire pour ne plus m’excuser d’exister. De là est née cette enquête journalistique dans laquelle j’affronte mes tabous et mon passé, et où je décortique le traitement que la société -professionnels adeptes de la chirurgie de l’obésité, magazines féminins, employeurs- réserve aujourd’hui aux grosses. »


Mon avis :

Ce livre étant devenu une référence dans le monde des gros, je me devais de le découvrir. Un peu tard certes, mais mieux vaut tard que jamais.

C’est un peu stupide, mais je ne peux pas vous présenter ce livre sans me sentir obligée de vous dire que je suis également obèse. Je ne sais pas pourquoi, peut-être pour apporter un peu plus de « poids » à ce témoignage/reportage dénonçant les violences psychologiques et physiques infligées aux personnes grosses dans notre société.

Gabrielle Deydier nous livre ici un témoignage émotionnellement éprouvant sur fond d’enquête médicale sur les réalités de la chirurgie bariatrique. J’ai, moi-même été amputée d’une partie de mon estomac, en 2016, et grosse exclue : ce fut un échec. Comme pour la plupart des gens qui font ce type d’opération en réalité. Ce qui m’a vraiment surprise dans ce livre, c’est la quantité d’information que l’on ne m’avait pas transmise avant l’opération.
Gabrielle Deydier parle franc, elle donne des chiffres, des exemples, mon chirurgien -aussi merveilleux soit-il- ne m’a pas donné un quart des informations qui sont énumérées dans ce livre. Il faut bien admettre aussi, qu’à l’époque, j’étais tellement animée par le besoin de changer (pour effacer les regards, ne plus avoir à supporter les remarques, et pour des raisons pratiques également comme marcher tout simplement), que je n’ai pas beaucoup cherché à me renseigner non plus. Voilà la messe est dite.

Je dirais donc que si vous êtes gros, alors vous avez besoin de ce livre pour ouvrir les yeux sur vous-même et sur les croyances limitantes qui vous sont inculquées dès la première prise de poids. Si vous êtes dans une démarche préopératoire, alors vous avez besoin de lire ce livre pour vous préparer au mieux, connaître les chiffres qui font peur, et pouvoir émettre un consentement éclairé. Si vous n’êtes pas gros, alors lisez ce livre pour élargir votre esprit, modifier votre perception et vous libérer des diktats, peut-être également adoucir votre jugement et vos paroles envers les personnes grosses.

Pour rappel : le mot gros est un adjectif qualificatif et non une insulte, je l’emploie beaucoup car il est réel, juste et simple. Il m’a fallu du temps pour l’accepter et cesser d’utiliser des termes inadéquats tels que robuste, enrobée, forte, costaud, potelée. Je m’accepte 1000 fois plus depuis que j’ai fait de ce mot un ami.


Depuis l’enfance, l’adolescence surtout, l’obèse apprend à se taire. Il est, à l’image de ses kilos, toujours en trop. Pointé du doigt comme un individu dépourvu de volonté, alors qu’il est souvent en proie à une lutte pour sa survie.

P.14

Dans l’esprit collectif, l’obésité n’est que le résultat d’une suralimentation et d’une absence d’activité physique. Socialement, l’obésité serait une sorte de carence de volonté. Par conséquent, l’obèse n’est pas embauchable, jugé trop fainéant. Comme il est souvent timide et renfermé, on le soupçonne aussi d’être légèrement abruti. Pour s’intégrer, il n’a qu’une option : maigrir.

P.16

« […] les patients obèses nous confient souvent avoir du mal à se mouvoir et limiter de plus en plus leurs mouvements afin de se défendre au maximum des désagréments liés au surpoids, comme l’essoufflement, les douleurs diverses. En se coupant ainsi de son ressenti corporel, le patient finit par cesser d’habiter son corps « réel », pour habiter un monde fait d’images dans lequel il ne peut plus être atteint ou anéanti narcissiquement. »

P.67

Chaque fois qu’on m’a demandé de maigrir, j’ai grossi. Je réagis violemment à ces injonctions, je me braque, transforme la souffrance en frénésie alimentaire. Je ne suis pas malheureuse parce que je suis grosse : je suis grosse parce que je suis malheureuse. Et il m’arrive d’en vouloir au monde entier de son incapacité à le comprendre.

P.90

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